Pantin

pantin

Il pensait mener sa vie, foncer vers un idéal exacerbé.
Il n’était qu’un pantin.
Le pantin de ses propres principes, de son amour de lui-même, du personnage qu’il s’était inventé.

Ce personnage il le regardait comme on scrute un portrait particulièrement laid. Du dégoût, la fascination en prend le dessus et on finit par aimer ce qui auparavant nous repoussait.
Il en est prisonnier, lui-même a jeté la clef.

Te souviens-tu qu’il suffisait d’un silence? Un silence dans lequel tu ne pouvais jouer aucun rôle, où toute tentative de mise en avant était superflue. Tu étais nu, dépouillé de toi-même, m’offrant ce que tu ne soupçonnais exister.

Il avance tel un pantin, tirant ses longs fils d’argent, où va t-il comme ça? Il a oublié.

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Pause of

Le silence n’est pas un piège.

Le train avance en travers les montagnes, ces excroissances de la Terre si propices aux rêves. J’entends seulement le passage des rails en métal. Le wagon vide ne me fait pas peur, les fantômes sont là pour m’accueillir.

Portrait de (presque) Femme : Ursule Tibiat

« J’ai du poil, il est vrai ; mais aux âmes bien nées
La valeur n’attend point qu’on se fasse épiler »

Telle était la devise d’Ursule Tibiat.

De temps à autre, quand la lumière faiblissait et que la lune baillait, les oiseaux venaient se poser sur sa moustache, croyant atteindre leur branchage. Quoique désarçonnés, ils n’étaient jamais déçu de la découverte ; et c’est non sans malice qu’ils volaient un poil ou deux pour le confort de leur nid. Cela ne déplaisait pas à Ursule qui sentait une pointe de fierté gonfler sa poitrine, à la pensée de ces oisillons naissant dans ses poils disparates.

La banquise au dessus de ma tête

Un soir, après une chaude journée d’août, nous avons eu la banquise à la place du ciel. La terre s’était inversée et cela aurait été sans surprise si un ours polaire avait fait son entrée. Tous les mots sont anémiques pour décrire l’émotion que peut susciter une telle apparition, le vertige de la solitude face à l’espace.
Cela donnait l’impression d’une lune vagabonde, tantôt noyée dans les eaux, tantôt éblouissante sur la glace.

Je crois pouvoir dire sans abus, que j’ai vu le pôle nord.