Le silence n’est pas un piège.

Le train avance en travers les montagnes, ces excroissances de la Terre si propices aux rêves. J’entends seulement le passage des rails en métal. Le wagon vide ne me fait pas peur, les fantômes sont là pour m’accueillir.

…un peu éméché. S’il rit autant, entre les mains de GY!BE, Warhol et Houellebecq songent, Klaus Nomi mijote on ne sait quel plan, Besancenot bulle et Hong-Kong cuve. Normal, quoi.

“J’ai du poil, il est vrai ; mais aux âmes bien nées
La valeur n’attend point qu’on se fasse épiler”

Telle était la devise d’Ursule Tibiat.

De temps à autre, quand la lumière faiblissait et que la lune baillait, les oiseaux venaient se poser sur sa moustache, croyant atteindre leur branchage. Quoique désarçonnés, ils n’étaient jamais déçu de la découverte ; et c’est non sans malice qu’ils volaient un poil ou deux pour le confort de leur nid. Cela ne déplaisait pas à Ursule qui sentait une pointe de fierté gonfler sa poitrine, à la pensée de ces oisillons naissant dans ses poils disparates.

“Bonjour ! Non, parce que je ne t’avais pas encore dit bonjour. Moi, c’est Hombeline. Hom-beuh-lineuh. J’ai 5 ans. T’as vu comme je colorie sans dépasser?”

Elle avait dit ces mots, le visage renversé en arrière, souriant de toutes ses dents déjà parfaitement alignées. A 5 ans, elle jouait la séduction comme d’autres enfilent un bonnet à leur poupée. Plus tard, Hombeline fera des ravages. Mais en attendant…

Ces gosses me terrifient.

Un soir, après une chaude journée d’août, nous avons eu la banquise à la place du ciel. La terre s’était inversée et cela aurait été sans surprise si un ours polaire avait fait son entrée. Tous les mots sont anémiques pour décrire l’émotion que peut susciter une telle apparition, le vertige de la solitude face à l’espace.
Cela donnait l’impression d’une lune vagabonde, tantôt noyée dans les eaux, tantôt éblouissante sur la glace.

Je crois pouvoir dire sans abus, que j’ai vu le pôle nord.

Les gens font des projets d’avenir…
Moi je ne fais que des projets de passé.

C’est peut-être ça mon problème?

De manière assez définitive, j’aime les grandes dents, les oreilles décollées et les piercings. Ainsi que les tartines.
On peut même dire que j’aimais Lili Amstrong.

Lili n’était pas de celles qui attisent la passion ou la dévotion. Elle aurait pu être en prise avec une araignée géante contractant la francophobie, rejetée par toute sa famille pour une sombre histoire de cerf-volant ou seule comme un roi hépatique… personne, pas même au sommet de son amour pour elle, n’aurait perturbé un souffle de son CO2.
Je ne dérogeais pas à la règle. C’était comme ça avec Lili.

Lili Amstrong ne savait pas faire… tout ça. Tout ce que les humains font, les sociabilités mimées et les formules de politesse selon les occasions. C’était un animal sauvage. Se fera t-elle un jour apprivoiser comme le chat à travers les temps ou suivra t-elle l’exemple des ours, incapables de s’adapter aux hommes?

En société, elle finissait toujours par se demander ce qu’elle fichait là, plutôt que dans les bois à mâchonner un branchage.

Cette réciprocité avec la nature, Lili Amstrong la ressentais de plus en plus. Peut-être était-ce cela, la découverte de soi ; cette mutation inattendue. Bientôt un pelage lui pousserait sur le dos et elle s’en irait rejoindre les siens, un peu à l’ouest, un peu de travers, là où la passion est de mise et où le pollen règne en maitre.

Une nuit, un peu par mégarde, j’ai tué un Vers Luisant.
D’un coup de flash, un !
Le Vers ne luit plus, le vers lui le vers toi.

Je me suis perdue dans sa couleur verte,
Un peu plus un peu moins,
M’en suis recouverte toute entière,
Le Vers luit le Vers moi.

.

.

Il y avait du pollen dans le regard et des sentiments hétéroclites. L’est ne prenait sa source qu’à l’ouest et jamais Don Quichotte ne fut plus chiffonné que depuis la recrudescence des éoliennes.

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