
De manière assez définitive, j’aime les grandes dents, les oreilles décollées et les piercings. Ainsi que les tartines.
On peut même dire que j’aimais Lili Amstrong.
Lili n’était pas de celles qui attisent la passion ou la dévotion. Elle aurait pu être en prise avec une araignée géante contractant la francophobie, rejetée par toute sa famille pour une sombre histoire de cerf-volant ou seule comme un roi hépatique… personne, pas même au sommet de son amour pour elle, n’aurait perturbé un souffle de son CO2.
Je ne dérogeais pas à la règle. C’était comme ça avec Lili.
Lili Amstrong ne savait pas faire… tout ça. Tout ce que les humains font, les sociabilités mimées et les formules de politesse selon les occasions. C’était un animal sauvage. Se fera t-elle un jour apprivoiser comme le chat à travers les temps ou suivra t-elle l’exemple des ours, incapables de s’adapter aux hommes?
En société, elle finissait toujours par se demander ce qu’elle fichait là, plutôt que dans les bois à mâchonner un branchage.
Cette réciprocité avec la nature, Lili Amstrong la ressentais de plus en plus. Peut-être était-ce cela, la découverte de soi ; cette mutation inattendue. Bientôt un pelage lui pousserait sur le dos et elle s’en irait rejoindre les siens, un peu à l’ouest, un peu de travers, là où la passion est de mise et où le pollen règne en maitre.